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Le capteur de brouillard: une technique ancestrale revisitée

Le C.I.EAU possède et met en valeur non-seulement une panoplie d’artéfacts variés, mais également des maquettes dédiées à l’éducation populaire. C’est le cas de cette maquette de capteur de brouillard (2006.0175) qui est catégorisée comme un outil de communication. Son apparence est plutôt minimaliste, mais sa signification nous plonge au cœur des technologies nouvelles et alternatives de collecte d’eau. 

Les origines des capteurs de brouillard

En hydrologie, la captation de l’eau dans l’air ne date pas d’hier. D'aussi loin qu’à l’Antiquité, au site du Chanctonbury Ring dans le comté du Sussex Ouest en Angleterre, des populations humaines seront en mesure de collecter la rosée de la nuit dans des bassins d’argile damée pour abreuver les pâturages.

À El Hierro, une petite île des Canaries, le peuple des Guanches va collecter son eau durant les périodes de sécheresse sous l’arbre qu’ils nommeront le Garoé (ou l’Arbre saint) sous lequel des coulées d’eau chuteraient en quantité suffisante pour remplir des cruches. Cet arbre fontaine va intégrer l’imaginaire des Conquistadors qui profiteront également de ses bienfaits jusqu’à son déracinement après un ouragan en 1604. Le Garoé tombera dans l’oubli chez les continentaux jusqu’à ce que Zósimo Hernandez Martin, chef des gardes forestiers de l’île arrive à replanter un second Garoé en 1948. Celui-ci sera suivi par plusieurs de ses semblables. En plus de cette plantation, des capteurs de brouillards ayant la même fonction que ces arbres seront installés sur l’île afin d’améliorer l’accès à l’eau douce. Finalement, la technologie sera améliorée au cours d’expérimentations de développement international au Pérou et au Chili auxquelles le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI) participera entre les années 1967 et 1988.

Le fonctionnement des capteurs de brouillard

Un capteur de brouillard est composé d’un filet plat et rectangulaire de nylon supporté par des pôles sur les extrémités. L’humidité de l’air se loge au passage entre les mailles de nylon (1mm par 0.1mm) pour être condensée en gouttelettes. Ces dernières s’écoulent vers le bas avec la gravité pour être collectées par une conduite et acheminées vers une réserve. Selon les usages et les lieux de collecte, une phase de désinfection est nécessaire pour assurer une eau propre à la consommation. Au mont El Tofo au Chili, les capteurs rapportaient en moyenne entre 3 à 9 litres par mètre carré de filet par jour. Il est intéressant de noter que cette collecte d’eau ne consomme pas d’électricité.

Sources 

Centre de recherches pour le développement international, 2011. Des filets à nuages sur la crête d’El Tofo. Disponible en ligne sur : <https://www.idrc.ca/fr/recherche-en-action/des-filets-nuages-sur-la-cret... > [Consulté le 16 avril 2020]

Gioda, A., 2019. El Hierro : Le nouvel arbre fontaine et Leoncia Oromas Diaz-Llanos (1947-1948) [Blog] CLIMAT’O, Disponible sur : <https://blogs.futura-sciences.com/gioda/2019/07/04/el-hierro-le-nouvel-a... [Consulté le 16 avril 2020]

Programme des Nations unies pour l’environnement, 1997. Source Book of Alternative Technologies for Freshwater Augmentation in Latin America and the Caribbean. Disponible en ligne : <https://www.oas.org/usde/publications/unit/oea59e/begin.htm#Contents > [Consulté le 16 avril 2020]

Vadim Nikolayev, D Beysens, A Gioda, I Milimouk, E Katiushin, et al., 1996. Water recovery from dew. Journal of Hydrology, Elsevier. Disponible en ligne sur : <https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01264194/file/HYDRO1.pdf > [Consulté le 16 avril 2020]